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Jean Image - [Aladin et la lampe merveilleuse]

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Posté par Lu le 2011-02-19



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Un mercredi du mois de février, le jour de sortie des films au cinéma : entre la production Disney archi-marketée Tron Legacy, le film américain indépendant porté aux nues Black Swan, deux sorties passeront un peu inaperçues, d’autant plus qu’il s’agit là de cinéma d’animation : Les Fables de Starewitch et Aladin et la lampe merveilleuse. Un an après la resortie de Jeannot l’intrépide, premier long métrage d’animation français daté de 1950, Carlotta continue en effet de restaurer les films de Jean Image. Grand bien leur fasse, puisque cet Aladin est une plaisante (re)découverte.
 
Aladin et la lampe merveilleuse est une adaptation du conte des Mille et Une Nuits, dont la version animée la plus connue et la plus commentée est le long métrage Aladdin des studios Disney (Jon Clements, Ron Musker, 1992).
Il était une fois… le Magicien d’Afrique, plus grand magicien du monde, qui vivait en Egypte sous l’œil du Sphinx, et voulait plus que tout retrouver la lampe merveilleuse qui lui offrirait le pouvoir absolu. Le Génie des Ténèbres lui apprend que la lampe se trouve dans un pays lointain, et que seul un enfant innocent pourra s’en emparer. Le Magicien s’envole sur son tapis vers une ville à la frontière de la Chine, et tente d’y amadouer le jeune Aladin, petit garçon pur qui pourrait être la clef de sa réussite.
 
Aladin surprend par sa diversité graphique et visuelle. D’un côté la beauté des décors finement détaillés aux tendres couleurs pastels, de l’autre côté des personnages au design moins subtil et aux couleurs plus franches. Certains personnages laissent même sans voix. Le serviteur de la lampe est un Barbapapa violet translucide à tête de vache, un vague sosie de Jabba le Hutt avec des étoiles dorées sur son turban, des pinces à la place des mains, une lune comme une auréole. Le serviteur de la bague du Magicien est un gros champignon jaune d’une rare laideur, avec une étoile au milieu du front. Produit en pleine contre-culture, Aladin semble plus ésotérique que psychédélique, quoique le Magicien coincé dans sa boule de cristal offre une vision déformée comme celle d’un fish-eye.
La réalisation de Jean Image étonne encore par son audace, qui semble paradoxalement être le fruit de sa grande naïveté. Alors que l’histoire se déroule dans un monde identifié comme oriental -bien qu’imprécis car brassant des symboles de cultures assez différentes- à une époque elle-même floue mais passée, le Magicien se met à rêver de fusées et de voyage sur la lune ! (on imagine Jean Image fantasmer sur Neil Amstrong foulant le sol lunaire le 21 juillet 1969, en pleine production d’Aladin).
 
Des liens se tissent entre le film de Jean Image, sorti initialement en janvier 1970 en France, et certains films d’animation produits par les studios belges Belvision (créé en 1954 par l’éditeur du Journal de Tintin Raymond Leblanc) à la même époque. On peut ainsi convoquer Lucky Luke le premier long métrage d’animation adapté de la série des bandes dessinées sorti en 1971, (scénario original de René Goscinny, Morris et Pierre Tchernia), Astérix le gaulois (Ray Goossens, 1967, adapté de la bd de Goscinny & Uderzo), et Astérix et Cléopâtre (co-réalisation de Goscinny et Uderzo, 1968). Il s’agit à chaque fois de proposer un film familial, à la narration entrecoupée de chansons, mêlant émotions et aventures, adapté d’une histoire connue de toute la famille (un conte ou une bande dessinée). A cette époque, le comédien français Henri Virlojeux double de nombreux personnages de films d’animation. Il est la voix du Magicien dans Aladin, incarne celles de Panoramix et du magicien égyptien dans Les Douze travaux d’Astérix, et sera plus tard le narrateur de Vincent de Tim Burton. Les performances de Virlojeux, qui définissent en partie l’identité des films en question, forment un réseau signifiant autour des productions de l’époque.
Aladin souffre toutefois la comparaison avec ses cousins franco-belges : le rythme est en effet alourdi par les passages chantés, et les personnages sont des stéréotypes du vilain, du gentil héros, de sa mère soumise, de la princesse idiote, et même des stéréotypes ethniques et raciaux (les chinois et les serviteurs noirs d’Aladin rappellent les chinois blanchisseurs et les mexicains fainéants de Lucky Luke). Techniquement le film étonne encore : l’animation limitée et les séquences réutilisées témoignent du petit budget de la production, les restes de codes graphiques de la bande dessinée -ominprésents dans Jeannot l’intrépide- d’un manque d’ambition de Jean Image à questionner le médium animation, mais certains passages sont tout à fait intéressants.
 
Au même moment sont produits le psychédélique Yellow Submarine de George Dunning (1968), ou le superbe Livre de la jungle (Wolfgang Reitherman, 1967). De son côté Belvision continue la production de films d’animation, La Balade des Dalton (Goscinny & Morris, 1978) osera même un peu, avec une séquence complètement hallucinée où les Dalton reprennent Singin’ in the Rain sous LSD.
 
 


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